POINT DE VUE : LA TRADUCTION, PORTE D’ACCÈS AUX CULTURES ÉTRANGÈRES

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La traduction a toujours joué un rôle clé dans la mise en relation et la connaissance des sociétés entre elles.

Il y a quelques siècles, la traduction des textes de l’Antiquité grecque et latine, d’abord au Moyen-Âge, notamment par l’Église, puis plus largement à la Renaissance avec l’invention de l’imprimerie, donnait son impulsion au mouvement des Lumières. Il y a quelques mois, la publication chez Castor Astral d’une anthologie bilingue de poésie syrienne réalisée par Saleh Diab nous laissait entrevoir la possibilité de raconter la Syrie à l’encre et non au sang.

Souvent, les groupes nationalistes se soulèvent contre la mondialisation en affirmant que l’effacement progressif des langues rares au profit des langues les plus parlées va de pair avec la disparition de nombreuses cultures.

Ces exemples montrent que traduire permet de rendre proche ce qui nous semble loin, en termes de mœurs, de temps et d’espace.

Cependant, le problème de la vérité que nous évoquions la semaine dernière se pose : la traduction n’entrave-t-elle pas la compréhension de la culture dont le texte émane à l’origine ? Peut-on avoir une compréhension profonde d’une culture étrangère lorsqu’on ne parle pas la langue ? Il semblerait que non, puisque si la description des phénomènes est traduite dans une autre langue, les nuances sémantiques propres aux mots utilisés à l’origine risquent d’être perdues. La difficulté est d’autant plus forte lorsque les textes sources comportent des termes dont le sens a évolué au fil du temps.

Donc, bien que la traduction des textes permette au non-initié d’avoir un premier accès à une culture qui lui est étrangère, une ethnologie bien menée ne saurait se passer d’une connaissance profonde de la langue locale.