POINT DE VUE : LA TRADUCTION DANS LES PROCÈS INTERNATIONAUX

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De nombreux exemples de procès internationaux, où les accusés sont jugés pour des crimes qui transcendent les frontières nationales, ont montré le rôle crucial de la traduction juridique.

Philippe Gréciano, professeur en Sciences Politiques à l’Université de Grenoble, affirme que la traduction juridique est le garant d’un procès équitable. Il est essentiel pour viser l’égalité des chances entre l’accusation et la défense et pour le bon déroulement de procès de grande ampleur que les documents soient traduits rigoureusement dans toutes les langues utilisées par la défense et l’accusation, afin que les décisions et conclusions des parties soient rendus avec équité.

Selon la Charte de la Fédération Internationale des Traducteurs, adoptée par le Congrès à Dubrovnik en 1963, et modifiée à Oslo le 9 juillet 1994, la traduction doit garantir que « l’information […] passe d’une langue à une autre sans que le message ne soit détruit, faussé, altéré ou manipulé ». Il faut donc que les traducteurs aient accès ou puissent préparer des lexiques juridiques spécialisés, comportant les noms propres, acronymes, concepts et termes employés sur la période donnée.

Cela est d’autant plus périlleux que les traducteurs doivent concilier des cultures juridiques différentes, où la terminologie est le fruit et le reflet de contextes juridiques particuliers. Les différences entre les lois et les fonctionnements institutionnels des pays rendent très difficile la traduction parfaite du vocabulaire juridique d’une langue vers l’autre. Selon l’universitaire Elena Grasso : « Dans un contexte juridique international, le traducteur doit non seulement être un bon linguiste, un excellent juriste mais aussi un remarquable ethnographe ».

Tout comme les interprètes de l’OFPRA dont nous parlions la semaine dernière, les traducteurs des juridictions pénales internationales doivent faire preuve d’une parfaite neutralité alors qu’ils sont confrontés à des témoignages bouleversants et des personnalités violentes. Autre difficulté : obtenir des traductions fiables dans des langues pour lesquelles où il n’existe pas ou peu de formations de traducteurs juridiques professionnels.

Malgré ces obstacles, la traduction juridique reste essentielle, puisqu’elle influence directement les décisions juridiques et le sort des personnes accusées.

Philippe Gréciano cite à titre d’exemple le procès du Président Khieu Samphan, ancien chef d’État khmer rouge. En raison de lacunes traductologiques en anglais, en français et en khmer de l’ensemble des documents disponibles pour la défense et l’accusation, les jugements et conclusions rendus ont par la suite été perçus comme peu équitables.