COUP DE CŒUR : PHILIPPE ROTH

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Philippe Roth, géant de la littérature américaine du XXe siècle vient de disparaître. Sa traductrice Josée Kamoun raconte.

Artisan de l’ombre précieux, il arrive au traducteur de se passionner pour une œuvre au point de constituer avec l’auteur un tandem très complice. Une relation pas toujours simple…

Josée Kamoun, la traductrice de John Irving depuis vingt ans, restera-t-elle comme la femme qui a dit non à Philippe Roth ? L’histoire vaut le détour : « J’ai traduit sept ou huit livres de Roth, Pastorale américaine, Le Complot contre l’Amérique, La Bête qui meurt, La Tache… Gallimard m’expédiait une semaine à New York pour les ajustements, ses textes étant très pointus, saturés de références aux années 1940 et 1950. C’était extraordinaire, car il est très intelligent, très drôle.

Mais comme il ne comprenait pas le français, il s’entourait de gens censés écrire en français, qui sont devenus de plus en plus envahissants, à tel point qu’ils opéraient des rectifications après moi. Un jour, j’ai dit stop.
Gallimard a dû trouver un autre traducteur, Roth en a refusé deux. Mais l’éditeur a mis le holà et tout est rentré dans l’ordre avec la traductrice actuelle, Marie-Pierre Pasquier.
»
Josée Kamoun ne regrette rien, elle s’est attaquée dans la foulée à un autre monstre de la littérature, Kerouac, avec la retraduction – remarquée – de Sur la route.

Qu’est-ce qui rend son œuvre immense ?

« Trois choses, pour aller vite. D’abord, le fait qu’il a su placer, dans son œuvre, la question de l’identité humaine au centre. Pas seulement l’identité juive, ou américaine, ou juive américaine. L’identité tout court. Celle de tous les hommes. Everyman est d’ailleurs le titre d’un de ses romans. Dans La Tache, le héros est un faux juif et un vrai noir qui se fait passer pour blanc. L’identité, c’est le cœur de son œuvre. Ensuite, c’est l’individu aux prises avec les tourbillons de l’Histoire. Comme dans L’Éducation sentimentale, un livre qu’il admirait. Et puis l’humanisme. Il savait se glisser dans la peau de ses personnages, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. »

Quel livre conseillez-vous pour démarrer, si on n’a jamais lu Roth ?

On peut commencer par Portnoy. Ou par les chefs-d’œuvre que sont Opération Shylock, Le Théâtre de Sabbath, et Pastorale américaine. Sinon, mon préféré, le plus grand de tous, son livre testament Everyman (Un homme, en français).

Avec nos remerciements à Marianne Payot de l’Express et à Didier Jacobs de BibliObs