EN 2014, TOUS LES SARROIS PARLERONT LE FRANÇAIS

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D’ici à 2043 – le temps de former une génération – tous les Sarrois devront être bilingues et maîtriser la langue de Molière comme celle de Goethe. Tel est le souhait du Land de Sarre, qui vient de présenter sa « stratégie France » visant à faire de cette région frontalière un espace plurilingue à part entière.

La Sarre est un des 16 Länder allemands, bordé par le Luxembourg et la Lorraine. C’est déjà la région allemande où le français est le plus parlé. Il n’y deviendra pas formellement une langue officielle, mais « une langue de la vie quotidienne », explique Christine Klos, responsable du projet à la chancellerie de la Sarre. Autrement dit, tout le monde devra pouvoir s’exprimer dans la langue du voisin, un peu comme au Luxembourg.

Pour cela, les élèves devront apprendre le français dès leur plus tendre enfance. Aujourd’hui, le Land de 1 million d’habitants compte déjà 180 maternelles bilingues, soit un tiers du total. Le but est de les généraliser. Idem pour les écoles primaires, dont 50 sur 163 enseignent déjà le français dès le CP.

La démarche de la Sarre s’inscrit dans un cadre culturel, mais aussi économique sur fond de pénurie de main-d’œuvre outre-Rhin. Endettée et confrontée à un déclin démographique, la Sarre tente de redorer son blason en tirant parti de sa proximité géographique avec la France, voulant devenir « un pont avec l’Allemagne et une porte vers la France ». Plus de 18 000 transfrontaliers français viennent travailler dans ce Land chaque jour. Un chiffre en augmentation. Témoin, la principale usine sarroise de fabrication de boîtes de vitesses de l’équipementier allemand ZF emploie un tiers de Français sur des effectifs de 4 000 salariés. Par ailleurs, presque 10 000 ressortissants français habitent en Sarre. « Nous avons affaire à un véritable espace économique commun et à un marché du travail transfrontalier », explique Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre-présidente du Land.

Ce projet – et son financement – doit être bouclé d’ici à la fin de l’année. Une façon de tirer un trait définitif sur un vieux contentieux au sein des relations franco-allemandes. En France, la Moselle, département voisin de la Sarre, prépare un programme similaire.

Avec nos remerciements à Thibaut Madelin, correspondant des Échos à Berlin