COUP DE CŒUR : TRADUCTION & VÉRITÉ – TRANSMETTRE SANS TRAVESTIR

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Il y a quelques jours, les lycéens et lycéennes ont cherché à distinguer le vrai du faux, la clarté des ombres durant l’épreuve de philosophie du baccalauréat. La question de la vérité et de son importance était au cœur des sujets : les littéraires se sont demandé si l’on peut “renoncer à la vérité”, les ES si “toute vérité est définitive”, et les élèves de série STHR ont eu à répondre à la question suivante : “quel besoin avons-nous de chercher la vérité ?”.

Tout travail de traduction se heurte à l’obstacle du vrai : traducteurs et traductrices sont tenus de transmettre sans travestir. De la première lecture jusqu’à la version traduite, le cheminement du traducteur est semé de questionnements : le propos de l’auteur n’est-il vraiment sien que dans sa langue originale ? Les nuances sémantiques, reflets des réalités précises dans lesquels les mots prennent leur sens, se retrouvent-elles à l’identique dans les termes choisis pour les traduire ? Puisque chaque langue comporte son lot unique de ressources pour décrire différents phénomènes, la traduction d’un texte est avant tout une recherche de cohérence et de proximité, plutôt que d’identité.

Les plus grands traducteurs ont déjà avant nous souligné la difficulté, voire l’impossibilité que représente la restitution de la vérité d’un propos d’une langue à une autre :

“Traduire, c’est produire avec des moyens différents des effets analogues.”
Paul Valéry, traducteur ponctuel, de Virgile notamment

“Le traducteur, comme le témoin qu’on appelle à un procès, il faudra l’obliger à tendre la main et à jurer : dire toute la vérité et rien que la vérité”.
Henry Wadsworth Longfellow, poète américain, traducteur de Dante

“Alors que faut-il demander à une traduction ? Ce n’est pas qu’elle soit fidèle, mais qu’elle soit cohérente, c’est-à-dire qu’elle soit une lecture, et une lecture appliquée”.
André Markowicz, que l’on ne présente plus, notamment à l’origine de la traduction d’œuvres de Dostoïevski, Gogol et Tchekhov

“Traduire, c’est toujours sacrifier ; mais il ne faut rien sacrifier d’essentiel.”
Enrique Diez-Canedo, traducteur vers l’espagnol de Paul Verlaine et Michel de Montaigne entre autres

Le propos n’est donc pas neuf. Mais il reste au centre du processus de traduction au sens large et des préoccupations quotidiennes de tout traducteur digne de ce nom.